l'actualité politique à argenteuil et dans le Val d'Oise
Je viens de lire attentivement la tribune signée dans le Monde par le Maire d'Argenteuil.
Si je n’habitais pas Argenteuil, si je n'en étais pas élu depuis 17 ans, si je n'y avais pas d'activités associatives, si je ne connaissais pas son maire,
je serais, -je dois le reconnaître- en accord avec la plupart de ses
constats, et même plutôt séduit par certaines de ses propositions. Mais de
la théorie à la pratique, il y a quelques distances, et de nombreuses
différences.
Ce qui est bon pour la France, serait-il mauvais pour Argenteuil ?
Puisqu’il se propose en toute modestie dans cette tribune de « refaire
la France », on peut penser que dans cette perspective Argenteuil est pour lui un laboratoire d’expérimentation de ses idées. Dès lors il n’est pas sans intérêt devoir à quoi aboutit son action pour « refaire Argenteuil". Plus
modestement, c’est sur ce dernier point que je souhaite m’exprimer.
Il dénonce « le sentiment d’abandon » qui se développe « dans l’habitat pavillonnaire » et la « paupérisation des grands ensembles". On ne saurait mieux dire, mais qu’a t il proposé d’autre aux zones pavillonnaires que de se densifier en accumulant les constructions collectives ? Qu’a t il proposé d’autres aux habitants des « grands ensembles » qu’une politique clientéliste et des promesses sans lendemain ?
Il dénonce « l’ethnicisation croissante » et le "replis communautaire», mais puisqu’il ose ce constat, on cherche en vain la moindre tentative de sa part pour réduire l’une et l’autre. L’encouragement
d’associations aux activités communautaristes, que certains voient aller jusqu’à la manipulation, montre qu’il y a loin entre les propos teintés d’un certain réalisme tenus dans cette tribune, et la politique mise en place avec constance, j'allais écrire avec obstination, depuis 3 ans à Argenteuil.
Il dénonce les « prises de paroles hasardeuses » qui caricaturent notre ville. Je ne peux que m’associer à cette dénonciation, quelles qu’en soient les cibles visées. Mais pourquoi ne manque t il jamais lui-même une occasion de les rappeler, ces paroles hasardeuses ? De les commenter? De les diffuser ? Pourquoi ces caricatures lui servent elles de « jokers » chaque fois qu’il est mis en difficulté de répondre par ses adversaires ? Pourquoi les instrumentalise t il avec gourmandise ?
Finalement, ces caricatures le servent et il sait très bien en faire son profit. Il fait tout pour qu'elles ne soient pas oubliées. Il ne peut les déplorer... et tout faire pour qu'elles restent collées à Argenteuil.
L’hommage qu'il rend à notre ville depuis plus d’un siècle « active, grande, et populaire », est pour moi une heureuse surprise. Inattendu en effet, de lire sous la plume de M. Doucet qu’Argenteuil a existé avant son arrivée, que notre ville a cultivé des valeurs, des traditions, unsavoir-faire sans son concours…
Quant au vocabulaire employé par certains media couramment, j’en déplore comme l’auteur de la tribune les termes réducteurs, voire méprisants. Notre ville, ce n'est pas "des quartiers".
Mais je constate qu’au-delà des belles déclarations dans cette tribune, son auteur ne nous a pas permis de garder ou de retrouver la fierté d’être argenteuillais. Argenteuil ne nous a jamais fait honte. Il n'y a pas besoin d'affirmer sa fierté pour l'aimer. Nous sommes au contraire plein d'espoir pour l'avenir de notre ville qui conserve de nombreux atouts géographiques, démographiques, culturels, urbanistiques... À conditions qu'ils ne soient pas sacrifiés les uns après les autres par un opportunisme politique à court terme pour servir des ambitions personnelles. Argenteuil, c'est un tout, mais c'est aussi des quartiers qui doivent tous être respectés, plutôt qu'opposés les uns aux autres.
La déclaration sur la laïcité '' un système de droits et de devoirs pour vivre libres et
égaux... Vivante, elle permet au contraire à chacun de s'extraire des pesanteurs de son milieu d'origine et de s'épanouir, solidement adossé à des valeurs humanistes réellement partagées. '' est reconnaissons-le, assez réaliste. Là encore, le manque de transparence dans les relations qu'il entretient avec les cultes, des associations, les différentes communautés ethniques et autres nous laissent assez perplexes quant à la volonté municipale de ne pas instrumentaliser ce concept à des fins purement électoralistes, et à très court terme.
La loi SRU est qualifiée dans la tribune de ''farce''. Alors, si c'était le cas, pourquoi demander son application ? Nous partageons la vision qu'aucune ville ne doit s'exonérer de son obligation de construire sa part de logements sociaux, et que les sanctions sont trop faibles pour être dissuasives. Il n'en reste pas moins vrai que cette loi repose sur de bonnes bases. Avant qu'elle soit durcie, battons nous déjà pour qu'elle soit appliquée dans son esprit. Pour Argenteuil, quand nous proposions (depuis que toute nouvelle opération immobilière d'envergure comprenne 20% de logements sociaux, nous démontrions bien notre volonté de ne pas oublier ce type d'habitat indispensable. Nous constatons que les promoteurs nouvellement attirés sur Argenteuil ne respectent pas ce ''quota'', et que l'on continue à accumuler les logements sociaux dans certains quartiers, alors que d'autres sont livrés au plus grand bénéfice (le mot est vraiment celui qui convient) des promoteurs, sans soucis de mixité, sans chercher non plus une intégration harmonieuse avec l'habitat traditionnel existant.
Le ''forum urbain'', organisé chaque année par le Maire est en réalité une opération de faire-valoir pour des architectes et urbanistes bobos, qui condescendent à venir à nos frais nous délivrer leur parisianisme. Tout cela frise tellement le ridicule que le Maire précise en réunion publique qu'il n'est pas engagé par leurs conclusions... Ni même par ce qu'il y déclare lui-même ! Mais les forum se poursuivent néanmoins régulièrement. Argenteuil laboratoire d'idées ? J'irai jusqu'à dire qu'ils aimeraient qu'Argenteuil servent de brouillons, de maquette géante. Au dernier forum, M. Le Maire m'a reproché de ''casser le rêve''. N'ai-je pas simplement réveillé l'auditoire et rappelé les réalités locales et présentes? Ils sont dans le virtuel, nous sommes dans le réel.
Les mesures proposées concernant l'emploi partent aussi de constats généralement assez bien posés. Les solutions sont loin d'être trouvées, et nier les initiatives prises par ses prédécesseurs est un peu limité... On notera que les structures mises en place précédemment sont soient maintenues, elles n'étaient donc pas si mauvaises (par exemple le PLIE ou les partenariats avec les entrepreneurs, école de la seconde chance...), soit dangereusement fragilisées (mission locale, maison de l'emploi... ), soit supprimées (maison de la création d'entreprises, bureau d'information jeunesse...). Argenteuil fait maintenant trop souvent bande à part, se repliant sur elle-même, rendant difficile des partenariats efficaces et durables.
Quant aux questions plus générales de justice, et sécurité, la création des ''médiateurs de quartier'' ou le fonctionnement du Conseil local de prévention de la délinquance démontrent s'il en était besoin que les préoccupations du maire se résument trop souvent à des coups médiatiques ou reposent sur une stratégie purement électoraliste.
Enfin , il est regrettable que des thèmes comme la santé, l'éducation, la vie associative, le développement commercial, n'aient pas été traités. Mais reconnaissons qu'une seule tribune ne pouvait embrasser l'ensemble des sujets.
La conclusion de la tribune sera aussi la mienne. Tout cela doit se faire '' avec le peuple.'' Comment ne pas partager ce concept incontournable ? Mais comment ne pas pointer à ce sujet la confiscation par le Maire à son seul profit de tous les organes d'informations (journaux, lettres, affiches, sites...), de toutes les manifestations culturelles associatives ou sportives, des inaugurations, des fêtes de quartiers... ? Comment ne pas se scandaliser de voir les conseils municipaux, réunis à la fréquence minimale exigée par la loi, confisqués pour la parole du Maire ? Comment ne pas voir le découragement des membres des conseils de proximité, jamais consultés, rarement informés, mais toujours mentionnés dans la propagande comme ''ayant été associés'' ? Comment admettre que tout soit concocté par le fameux "3eme étage de la mairie", ou siège un cabinet pléthorique ?
Peut être d'ailleurs est-ce là le plus grave. L'auteur de la tribune a tué la démocratie participative, porte gravement atteinte à la démocratie représentative, méprise ses propres services municipaux.
Est ce sur ces bases qu'il nous propose de ''refaire la France'' ?